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Enthousiasme au Jardin Moderne

jeudi 17 février 2011, par gepeto

Texte pour une présentation au Jardin Moderne à Rennes le 18 février 2011.

Je voudrais, encore une fois peut être, communiquer par là notre enthousiasme sur les projets autour du Libre que nous menons. Il y a vingt ans je découvrais en tant que développeur l’attrait des licences libres en étudiant le fonctionnement d’un Unix système V. Depuis le Libre a modifié profondément les méthodes de développement mais aussi les organisations et les esprits. Et aujourd’hui pour peu qu’on s’y penche la plupart des outils de notre quotidien sont (re)pensables grâce aux conséquences de l’utilisation des licences libres.

Mais il ne faut pas naïvement penser que la raison guide la société. Évidement... et encore moins les utilisateurs. Je me suis lancé, joignant l’utile à l’agréable, dans le développement autour du jeu. C’est là un terrain qui semble éloigné du Libre mais qui en fait est plus accessible que celui de l’art. Il m’intéresse parce que il est plus propice à la créativité, aux imaginaires, aux nouvelles histoires aux uchronies, aux utopies et dystopies. On peut par le jeu expérimenter des modèles de comportements, de sociétés ou de politiques...
« Les espaces enchevêtrés » peut servir cette idée, c’est ce qui me plait.

Dans notre petite fenêtre, que voyons nous à présent ?
- des ordinateurs comme les tablettes PC qui coûtent une centaine d’euro, permettent de développer les nouveaux outils de notre quotidien
- des tas d’interfaces, de capteurs, d’accès à des savoirs, à des données, tout cela pour presque rien, arduino, beagleboard, igep, pandora ...
- un engouement aux partages des connaissances, des expériences. Même si la lutte entre l’open, ce qui est ouvert et ce qui est libre représente bien un des mécanismes d’auto-défense d’un système capitaliste, la direction est prise. Même s’il faut faire attention aux mots qu’on nous impose, passer de ’fablab’ à ’bricolab’ ou ’bricosouk’, tenir à ’hacklab’, à atelier et rejeter ’workshop’, le chemin est libre.

J’ai trouvé un petit schéma assez orienté qui parle du développement sur les plateformes Android et Apple. Dans notre perpétuelle recherche d’autonomie nous pouvons aussi le reconsidérer, en dehors d’un contexte purement mercantile, en dehors d’un contexte par trop lié aux compagnies, juste autour de ce qui ne concerne que nous.

Cela pourrait donner cela :

Le ’marché’ des tablettes PC est en plein essors, les applications pour ce nouveau gadget grand publique tant attendu sont développées à la tonne. Et
- les utilisateurs, le simple consommateur, le bricoleur, l’amateur, se tournent presque sans y penser vers des machines nomades personnelles
- ces ordinateurs sont suffisamment puissant pour réaliser pratiquement tout ce qu’on leur demanderait : ce sont des véritables PC !
- Android à été fait pour des téléphones portables, sans ressource, totalement orienté développement professionnelle, sur une machine java qui de fait techniquement n’est plus nécessaire.
- GNU/Linux ARM comme Ubuntu/debian y est totalement intégré
- Canonical (Ubuntu) mise maintenant sur un bureau Unity sur un système de fenêtrage Wayland ceci pour s’adapter au nouvelles machines.
- Tous les mois naissent des communautés, des compagnies, complètement orientées sur l’ARM et GNU/Linux, certaine meurent, surtout les compagnies.

Tous cela nous fait penser qu’une nouvelle manière de voir l’informatique nomade est bien présente aujourd’hui et s’installe durablement. Elle nous laisse le loisir d’expérimenter tout ce que l’industrie et sa culture se refusaient à diffuser :
- la communication sous toute ses formes autonomes, en mesh,
- la diffusion de média libre sous forme de livre électronique mélangé au jeux, sans chaine d’édition.
- des application coopératives et collectives venant des utilisateurs eux-même
- etc.

Les musées, les salles d’expositions ne sont plus que les lieux du pouvoir, la rue est à tous. Il n’y a plus de sélection à la diffusion, par l’argent ou l’espace. Les laboratoires et les bureau sont à déserter au profil des ateliers ou de nos propres endroit de vie. Les salles de classe sont maintenant encore plus insupportables, le savoir est dans la poche pour peu qu’on sache l’apprivoiser. Je vois des espaces enchevêtrés, multiples espaces personnels, nous accompagner, à nous de les découvrir, de les construire et de les habiter.

Pour terminer, je voudrais citer la présentation de Luce Giard de l’oeuvre de Michel de Certeau « L’invention du quotidien » vers 1990 :

La raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits a consommer. Mais l’homme ordinaire se soustrait en silence à cette confrontation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l’espace et l’usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilité, mises en récit de trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n’est pas obéissante et passive, mais pratique l’écart dans l’usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacun tâche de vivre au mieux l’ordre social et la violence des choses.