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La ruche qui dit oui et mes carottes sont qu’ 8.0

vendredi 30 janvier 2015, par gepeto

Un article sur la disparition du réel ...

SNALIS a participé à un débat à La Ferme, le nouveau lieu de discussion de Saint-Nazaire qui a mis face à face des AMAP, ACAP, ’La Ruche qui dit oui’ et Terroirs 44.

Reprise de l’article La ruche qui dit oui et mes carottes en 2.0

SNALIS a participé à un débat à La Ferme, le nouveau lieu de discussion de Saint-Nazaire qui a mis face à face des AMAP, ACAP, ’La Ruche qui dit oui’ et Terroirs 44.

Sans entrer dans le débat, je peux rappeler quelques trucs :

  • AMAP, Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, sont des associations dont le but premier est l’aide au ’producteur’ dans sa culture. On pourrait dire que le Paysan-ne passe avant tout et que c’est là la garantie d’une bonne production locale de légumes biologiques. Les mangeurs, consomm-actrices, s’engagent dans un acte militant en suivant une voie à contre courant de la marchandisation du monde.
  • ACAPE, Alliance de Consomm’Acteur-rice-s de Paysan-ne-s et d’associations Écologistes, est une organisation regroupant des AMAP facilitant le réseau local. Leurs buts suivent celui des AMAP. Ce sont les adhésions de l’ordre de 5€ qui permettent le fonctionnement de la structure.
  • Terroirs44 soutient une vente directe, une agriculture fermière, et organise un réseau encore plus important, avec des ’frais’ de fonctionnement de l’ordre de 20%.
  • La Ruche qui dit oui est une entreprise qui organise les ventes d’un conglomérat de producteur sur la France, qui ne sont pas forcement bio, mais un peu local (moins de 250Km) vers un panel de client connectés qui ne sont pas militants, et qui donc donne ensemble en gros 20% de plus pour faire fonctionner ce nouveau drive alimentaire pour une vente plus directe.

On remarque dans ces quelques trucs, la progression dans l’utilisation d’une logistique à la hauteur du nombre de personne. On peut faire un rapprochement d’ailleurs entre l’espace de distribution, la logistique, le nombre de personnes mouvementées et aussi le coût demandé. Moins c’est local, plus cela demande du travail, de l’énergie et des sous, rien de nouveau sous le soleil.

Mais en décortiquant un peu les choses on pourrait prendre en compte de plus véritables coûts invisibles.

  • AMAP, ACAPE
    • Production biologique sans produits venant d’ailleurs, quelque fois avec une traction animale, ou une mécanisation au plus juste en accord avec l’espace.
    • Solidarité permanente avec donc moins de coûts sociaux, vente mais aussi entraide directe.
    • moins de rapport à l’argent, on pourrait même dire que si le paysan est salarié, c’est donc sa rémunération et ses outils qui sont payés, les légumes étant eux donnés, ce qui s’observe par l’absence d’argent sur le lieu de distribution.
  • Terroirs 44
    • Il faudrait prendre en compte les intrants, puisque c’est une culture pas forcement biologique, coût de leur fabrication, transport, etc...
    • Le groupe entretient des rapports commerciaux de bon voisinage puisque les producteurs coopèrent à leurs propres intérêts.
    • C’est un ensemble d’individus liés qui compose avec le système économique en place pour un meilleur ’rendement’ global, rendement de la production/commercialisation, ’rendements sociaux’ liés à la proximité, rendement d’une logique des transports pour moins de gâchis.
    • Il y a 2 salarié dédiés à l’organisation.
  • La Ruche qui dit oui
    • Il faudrait prendre en compte les différents types de productions plus ou moins en accord avec le ’bio’. Ce n’est pas mon objet.
    • Il faudrait prendre en compte le fait qu’il n’y a pas de but social au niveau de la structure (juste une information sur de bonnes pratiques) mais que les coûts sont laissés aux locaux, qui donc comptent sur le système habituel pour vivre.
    • Le système économique prôné reste celui des échanges commerciaux puisqu’ils sont facilités par une dématérialisation de bout en bout.
    • Il y a une cinquantaine de personne pour l’organisation, les développements, etc..., 500 ruches, presque 1 par ruche, d’où disons 1,1 par lieu local (plus que Terroirs44).
    • Les Fournisseurs s’interdisent de proposer et contracter des ventes sur place, à l’occasion de la distribution des produits, qui n’auraient pas été préalablement réalisées via le site.(cf leur site) Ce qui enchaîne le fournisseur à la ruche sur le lieu. Ce qui interdit les choses du genre, ’Oh zut j’aimerais bien 1kg d’oignon en plus cette fois ci pour ma soupe’... Le client est un être planifié.
    • Je passe sur le fait qu’on ne peut pas être juste monsieur Paul ou madame Jeanne dans ce système, c’est sécurisé donc ça ne rigole pas. Pas d’amis pour tester le bazar aisément, ou tenter de se nourrir collectivement quand ce collectif est variable, comme la vie de tous les jours... La famille, les copains, le voisin, non tout le monde doit avoir son smartphone et passer des ordres individuels de transaction sécurisée sur ce marché agricole dématérialisé... sinon prison.

On continue dans notre petit monde technicisé.

  • AMAP,ACAP, chacun communique avec ses moyens :
    • de rares sites internet, ou juste de l’information hors du temps ;
    • le paysan n’est pas une personne connectable, ce n’est pas son credo ;
    • les mangeurs parlent beaucoup plus de vive voix qu’à travers une machine, téléphone, smartphone, messagerie, etc... ;
    • leurs relations sont plutôt faites d’échanges humains et de papier. L’argent ne circule que par saison, souvent en liquide, sans trop besoin de banque.
    • Beaucoup viennent à pieds ou à vélo, et sont plus dans la simplicité des choses.
  • Terroirs44 :
    • on pourrait ajouter le fait qu’on a la une première nécessité des outils de communication mais qui se limite a une organisation plus pragmatique, des outils de chacun avec l’existant ; sites, téléphone, messageries, etc...
  • La Ruche qui dit oui , j’en fais un paragraphe ;-)

Le 2.0 dans ma soupe

Donc si je veux manger des carottes cette semaine avec la ruche 2.0. :

  • j’allume comme les semaines précédentes mon ordinateur (100) ou mon nouveau smartphone ;
  • je vais sur le site de la Ruche qui va m’aider (1), évidement Google est au courant et analyse finement grâce à sa partie Google-Analytics ce qui se passe. De toute façon, j’imagine bien que tout ce que je fais là va bien être utile à quelqu’un d’autre ;
  • je clique (1), je clique (1), je m’authentifie (au moins 2), je cherche (3 ou 4) je communique donc avec le site hébergé qui est par là : www.laruchequiditoui.com. Mais c’est où ? C’est en fait « RucheLoadBalancer-967666251.eu-west-1.elb.amazonaws.com (54.247.162.128) » Utilisons un outil pour tracer un peu le petit chemin de la demande de mes 2 carottes. J’utilise un outils graphique . ( http://www.yougetsignal.com/tools/visual-tracert/ )

Pour situer le lieu du site :

et l’ensemble du parcours à partir de chez moi 19814 km :

Avec un autre outil [1] j’obtiens :
Soit 30000Km...

Reprenons la commande jusqu’à la livraison.

  • Si les (1) sont des Watts, en étant très approximatif évidement, disons 100 W pour passer la commande, le chemin des informations sans compter l’infrastructure qui se justifie par le fait que vous pouvez éventuellement l’utiliser... Le prix gratuit du smartphone de mon forfait téléphonique obligatoire sinon vous êtes ’out’.
  • Il faut ajouter tous les clics à faire, de la ruche, du local au producteurs et réciproquement pour s’organiser sur mes 2 carottes, mais réparti parce que je ne suis pas tout seul à commander.
  • Du producteur à la ruche, lui aussi clique partout, ce qui revient au même vu le site centralisé.
  • Banque, producteur, ruches, clients : faut bien faire circuler la monnaie virtuelle.
  • Moi et la banque, j’allais l’oublier ce truc là... bon déjà on voit bien que le secteur des banques est au courant de tout.
  • La dématérialisation de mon échange produit aussi des données qui peuvent être comptabilisées, (c’est où la mention sur l’usage des données par la ruche ?).
  • La dématérialisation de mon échange produit aussi un flux financier et donc un prestige de la société donc quelque part un crédit que cette société soit ou pas d’économie sociale et solidaire, elle a une influence dans l’économie capitaliste dans les finances et tout ce qui y est associé, structures, personnes... Rien n’est gratuit, tout rapporte.
  • J’apprends ainsi que les carottes poussent, de fait, dans les nuages. Vous savez les fermes de serveurs, les gros placards gris avec plein de loupiotes et des câbles partout refroidis par la banquise ...
  • Revenons sur terre, mes 2 carottes, ici virtuelles, ne représentent que presque rien mais l’ensemble de tous les flux des 500 ruches et leurs existences même, beaucoup. Vivement 2017 ou Equanum sera enfin bénéficiaire ce sera le jackpot affirmé.
  • Peut être 20000 km par petit paquet de données derrière chaque clic X plusieurs centaines par transaction X (nombres de mangeur + le responsable de ruche + les producteurs ), disons que chaque clic fasse 1 café, [2] cela ferait 1 X (100+1+1), une centaine d’équivalent café pour commander mes 2 carottes, ceci pour chacun.

Alors pour que tous les mangeurs puissent venir sur le lieu récupérer leurs carottes, il faudra à la louche comptabiliser une dépense d’énergie du café de la gare au complet, un jour de marché, juste pour la partie communication ; à chaque fois. Mais qu’on se rassure, c’est invisible. Comme sont invisibles (pour le moment) les moyens pharaoniques mis en place pour faire fonctionner les tuyaux, les machines, les serveurs des différentes structures et organisations misent en branle, leur maintenance et leurs pollutions , tout cela non comptabilisé par l’Ademe. La Ruche-qui-dit-oui est finalement une sorte de ’drives’ ou une nouvelle déclinaison de la grande distributions incitant par ses services à polluer. Qu’on se rassure la plupart des services sur internet font la même chose...

Et en prime j’observe aussi que mes carottes sont passées par une cuisine irlandaise, ce qui n’est pas inintéressant. Amazon font ils aussi les livres de cuisine ?
ou des drones pour la livraison ?

2 documents issues de l’ACAP :

PDF - 72.9 ko
PDF - 72.9 ko

Ce sont leurs réflexions sur le même sujet.
Nous pourrions dire que le problème principal est en fait aussi de l’ordre de la gouvernance, c’est un problème de pure politique . Qu’est ce qui va se passer quand les décideurs, qui ne sont pas du tout les clients , ni les producteurs, augmenterons leurs marges ? Ce ne sont ni les consomm’acteurs (AMAP ;ACAP) qui décident, ni les producteurs (terroirs44, biocop etc ) mais des commerçants puisqu’ils font commercent d’un service qui sont aux commandes. La est le problème.

Bon alors le local et la vente directe c’est ça avec la Ruche...et ça fout le bourdon.

Notes

[2vous savez le buzz qu’une recherche vaut un café , lire le plus juste rapport de l’Ademe : « Analyses comparées des impacts environnementaux de la communication par voie électronique »
et http://www.presse.ademe.fr/2011/07/analyses-de-cycles-de-vies-des-technologies-courriers-electroniques-requete-web-cle-usb-quels-impact.html
et http://www.presse.ademe.fr/files/acv_ntic_synthese_requete_web.pdf page 12 !!